Robertfred.com, poésie. "Aimer, sinon c’est faux"

Le mouvement de la mer

Je suis étonné de l'infini mouvement de l'océan,

n'y tient pas le silence, ni l'immuable...

Le pouvoir d'en arracher ne serait-ce qu'un morceau
n'est qu'un rêve disséqué,
               
                 déjà dérisoire...


Je suis étonné de l'infinie vivacité de la misère,

n'y tient pas la patience, ni la certitude...

La clarté qui surgit de ses entrailles
contient la source :

                le désir.

Univers

Nul ne rend
Nul ne trouve,
                Ici laissé les os.

Le corps se tord
Les ors s'hélassent
                Le coeur bat.

La rivière coule
Le corps s'estompe
                L'art se construit...

Il n'y a plus
Ni début ni fin
Ni vers...
                Tout est.

Une idée

Je ne suis qu’un dédale,
Je ne suis qu’un regard,
Je ne dis que des mots,
Je ne suis qu’une virgule.

Un espace ente deux espaces
Un immigré dans un univers,
Un venant sur des paroles,
Je ne suis qu’une fourmis.

Mes mille pas sont un chemin,
Mes mille cris sont le silence
Et mon amour une réponse, je suis,
Je deviens, mon ombre est une graine.

Beauté

Beauté de l’aurore,

sceptre léger de la vie ;

ciel dans la matière.

Secret

J'ai trouvé ton secret
fournaise impitoyable!

                        Tu n'en a pas !

Tu es ouverte et fertile,

puits de lumière

                        tu te révèles...

À l’heure de l’envol

À l’heure de l’envol,
le passé s’efface
dans les reflets d’une flaque ;

À l’heure de l’envol,
le trottoir se contracte
sous le vertige de l’habitude ;

À l’heure de l’envol,
alors qu’un bond décide de tout,
le talon s’élance et le regard s’illumine ;

À l’heure de l’envol,
le doute se jette en avant
dans un élan d’amour, dans la lumière du jour.

Un pas fatal

Il y a trois pas
qui mènent à la mort :

l’amour du miroir,
l’amertume du remord
et d’abandonner son regard.

Oser vivre


Oser vivre
c’est trépasser son aura,
dessiner les couleurs d’un jour,
où vienne la main
d’un avoir éphémère
vivre l’entier d’une terre.

Or demain

Aujourd’hui n’est pas
vivre demain ; l’or demain
se fait en ce jour.

Le grain et le vent

Il y a dans le grain et dans le vent
cette impossible réponse
qui fait du vide son réceptacle.

Arche nouvelle jaillissant du geste,
ce créateur indécis
jeté dans le remous des ondes

arque sur le rocher ses semelles ailées.
Il s’envolent dans un panache lucide
amer de lumière au seuil de l’éphémère.

Il devient

Ni orage, ni vendange n’accueille
ni le vent ni la mer, ni l’excuse.

Il est un,
il est le courant le ressac et le vent.
Il trempe…

Il s’ouvre sur le rocher,
comme une tripe,
il débarque…

Vivant de l’onde et du regard,
il vide le nu de son contenu
pour être corps et virgule…

Délivrance du su,
il devient.

Avril

Les arbres lancent leurs branches effervescentes,
bourgeons dressés dans un appel à l’exaltation ;

les giboulées déchirent la robe sombre des nuages
et l’éclat de l’orage relève la courbe des collines ;

les ondes se lâchent dans une danse fertile et soudaine
couvrant le pays de bourrasque fleuries, de gesticulations et de vie…

La pluie du printemps comme une houle puissante soulève le sol givré.
L’amour dans une danse d’ors, de rouges et de violets découvre sa puissance,
les pétales en joie, les hanches en giroflées, sous le blanc éclatant des cumulus.

La pépite

On aimerait tous nous payer à coups de pelle,
on aimerait plutôt être payé au coup de pelle.

Mais les coups de pelle n’y peuvent rien :

C’est la pépite qui fait la différence…

déposée au hasard, dans le gouffre où creuse le passant.

C’est quoi l’illusion ?

L’éveil ne vient que lorsque l’on se retire,
c’est tant que l’on veut s’imposer encore
que le grand sommeil nous étourdit,
de la grande illusion d’être le maître.

Les moitiés

Nous ne sommes plus que des moitiés divorcées,
îles fêlées au banquet de nos miroirs,
mythes sourires affolés par le tube…

Le fond de nos loi n’a plus que le droit,
justice foulée chevauchant le devoir ;
à la question du bien, l’état de nos biens.

Nos sagesses ne sont plus que des chiffres,
nos paroles des justificatifs, nos regards
les lèvres tranchées de nos télé-mensonges.

Nos explications nous ont légué un mot à moitié :
puzzle de lettres enfouies, bruits de signes,
ombre, dans le vent possessif de nos egos.

Démocratie ésotérique

Il y a des non et des oui
qui sont des oui et des non
dans les couloirs des chaires
où les lobbies comme des zombies
dévorent le ventre des votants

C’est quoi le désamour ?

L’amour est un don de soi
vers l’autre.
Il devient flamme, présence,
ouverture, espace, lumière.

Que l’un s’en saisisse, le convoite,
le jalouse ou l’épie,
l’envie, le possède ou le domine,

il n’y a plus d’amour.

De présence il devient défiance,
d’eau fraîche il devient larme,

chaleur il devient peur,

de confiance il devient absence…