Robertfred.com, poésie. "Aimer, sinon c’est faux"

Interview à Radio Cité Genève


Interview de Robert Fred à Radio-Cité, Genève le 05 décembre 2013

Le rendement du temps

Lune, dessin de Robert fred, Genève, 2013

Le rendement du temps n’est qu’une illusion
qui colle son heure sur une aiguille…

Une aiguille qui pique, et puis cloue le regard…

Le rendement du temps cogne
comme un dard, s’equisse,

questionne la fenêtre… Comme un corps à corps,
en boucle, dans un vide amer…

Et la mer est l’éponge, et l’éponge est la mer…

Et rien ne diffère de l’eau, de la méduse,
que la route…

Mélangeant le ciel d’un vœu, ne serait-ce qu’une seconde…

Une vague

Cri, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Sous le ciel  d’une nuit nette
dans l’œil noir de la mule,

je cherche mes pinceaux
dans un cliquetis de poils secs,

je cherche mes couleurs
dans un mal assoiffé de sillages…

Trempé de la foule, dans un reflet,
je lape  le vent d’entre mes doigts rouges…

Les régimes

Visage, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

J’aime pas les régimes,ça m’agresse…

Ça m’agresse comme ces pubs ahanant des gags,
bourriques hystériques harcelant le suspens,
attendant la scène gore pour aduler leurs âneries…

Ça m’agresse comme ces costumes noirs, vautours de couloirs,
qui cachent les doigts découpés de leurs diamants blancs,
qui sablent leurs primes dans des coupes… budgétaires…

Ça m’agresse comme ces joggeurs empressés, pantins addictifs,
sphincters contractés qui courent après leur bonus,
qui tournent en ronds… Pour aller où ?…

Je n’aime pas les modes qu’on oblige comme un droit,
haut les corps, bas les cœurs, les narines dans la poudre…

Les obèses qu’on amène sous l’enseigne, les osseux qu’on amène sur la scène,
les applaudissements qu’on claque, comme les doigts sur l’échine d’un chien…

Je n’aime pas ces régimes qui se vendent comme de la crème démocratique,
et qui mentent comme ils intriguent, en occultant ce qu’ils aspirent des gangs…

Qui crachent du feu sur tout ce qui résiste et qu’hypnotisent à coups de besoins ;
tourner en rond, suivre la ligne, renifler, bouffer, applaudir…
En singes de soumission dans une ménagerie psycho-exploitable…

En singes de soumission dans la benne élective de proxénètes brevetés…
Semis égarés sur la terre extorquée, à robe déployée,
un masque sur le visage, sourire obligatoire en guise de voile…

La prochaine étape

Visage, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Aller !

Dans le prochain pas.
Nulle ne connaît, n’imagine… Cela se fait !

Trouver !

Chemine avec temps ! Nais du geste !
Écoule-toi du mouvement…

Surgis du pas !

La prochaine étape, est le voyage !
Le prochain acte, la voile que l’écoute éclot…

Monoculture

Mono-culture, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Monoculture, monopole, mono-épuisement...

     Monosodium, mono-goût, monologue, monotone...

Monocle, monolithe, mono-clan... mono-corde.

      Mono-baise, mono-pathie...

                                  Mono neurone !

De l’eau…

Visage, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Je suis de l’eau,
je mouille mon regard…

désagrège le temps,
touche la rive, mène le vent.

Je suis le remous, la vie…
trouve dedans où je vais.

Chaque goutte

Roses, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Chaque goutte qui nous goûte
 doute du tout

Chaque geste qui nous guette
 creuse la quête

Chaque bise qui nous touche
 brise la couche

Chaque esquisse qui nous croque
 hérisse la toque

Le temps de les voir

Ombres, dessin de Robert Fred, Genève, 2013
Ombre de l’ombre, où n’est que l’ombre
foutaise !

Ombre des aïeux, pour épargner nos vœux,
foutaise !

Ombre des autres, où justifier nos heurts,
foutaise !

Ombre de soi, pour accéder au seoir, miroir,
foutaise !

L’ombre d’un arbre, une ombre où s’asseoir,
une chaise ! Une chaise à bascule, ou se pose le regard,

où s’assoient nos fantômes, le temps d’y voir clair…

J’aurais jeté

J’aurais jeté ici mon temps et mon regard
Pour savoir qu’il n’irait plus avant, le temps.

J’y aurait jeté mon âme et mes atouts, mon tout,
pour qu’il s’arrête ici, le temps…
Mais rien n’y fait, rien ne l’arrête, et tout le temps fout le camp,
dans mes doigts d’argile…
J’aimerais bâtir un temple, un mont, une montagne, un quelque chose,
une oeuvre, un regard, y laisser ma trace…

Et je peine et je cherche, et dans le désert de mon être me demande…

Est-ce un acquis, un rempart, un regard, qui éloignera mon doigt ?
Mon doigt qui me montre et qui montre l’autre, et qui veut bâtir un royaume…
Je montre, et puis montre, et puis je regarde,
et puis rien ne vient à mon antre…

N’est-ce point que j’oublie, n’est-ce point que j’attends…

L’éveil

Rêve, dessin de Robert Fred, Genève, 2013
Chaque matin dans une écuelle
je recueille mes rêves en rosée ;

ils abreuvent une rivière d’étincelles,
lit de l’éternité, musique des gouttelettes,

transport de mon éveil, fenêtre du soleil.

Le miroir

 

Le miroir ne renvoie qu’une fuite…

 

Aimer nourrit…

vivre construit…

 

agir éclaire.

 

Au bout de la nuit

Endormi, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Au bout de la nuit, il n’y a que le bout de la nuit…

L’aube elle-même ne se lève plus… la lumière est lavée.
Le jour se prolonge comme s’échoue le voyage…

Au bout de la nuit…

Une horloge flasque mélange le soir, le matin, dans son écrin de brouillard,
l’aube crépusculaire, l’Est à l’Ouest et le bleu du ciel, dans un verre de cocktail.

Au bout de la nuit, le jour… est la nuit…

Les nuages s’embrouillent, passant comme des bêtes sur les crêtes des montagnes,
leur poussent des écailles sur le sommet comme des carapaces de buées…

Au bout de la nuit, Circé soupire sur son cheptel,

les naufragés ensorcelés sèment dans les ruelles leurs songes desséchés,
leurs chaussures sabotées glissent sur la chaussée désarçonnées…

Au bout de la nuit, que le jour déballe dans ses cordages,

un homme assis sur le canal compte les pétales de son bouquet bancal.

Dans nos regards

Visage, dessin de Robert Fred, Camaret-sur-mer, 2013

Il y a dans nos regards quelque chose
qui trempe avec le temps.

Comme d’interminables escalades,
comme d’interminables escrimes.

Être toujours pour ne pas être qui meurt,
être qui vit pour ne pas se tromper…

Peur de vivre ou peur d’y mourir,
qu’y de nous, qui n’y peut y répondre…

Y sûr, dans ce cri qu’une sirène écrit…
éponge crue, question versée d’un nu désabusé…

Un accord se pose, une terre naît, un regard,
peu de gestes, peu de restes, une guerre se les dispute…

Une écuelle, peur être, un peu d’humanité, certes, aimer,
ce n’est plus dans le vocabulaire, d’accord, mais c’est né…

Les fleuves

Fleuve, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

Les fleuves passent toujours,
toujours les fleuves passent…

Ils remplissent les lacs, déposent les cargaisons,
et puis continuent, les fleuves…

Ils vont jusqu’à la mer, jusqu’aux nuages…
Et puis retournent aux rivières, les fleuves…

Ils passent, plongent les regard,
apaisent les passants, les fleuves…

Ces passants qui pensent,
à ce qui peut bien nous arriver…

 

On ira demain

L'assuré, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

On ira demain

sur le ch’min

qu’est surement sûr

et qu’est surement sourd.

 

On ira sourd tout égal

pour qu’égal le chemin soit sûr.

 

On ira toujours sans am

our pour que pas d’amour nous en dé

coude.

 

Pour que toujours sûr

rien ne bouge notre sûr

assurance.

La nuit, le jour…

Tête, dessin de Robert Fred, Genève, 2013

La nuit, le jour,

se croisent sans arrêt…

 

Dans une décision, la nuit, le jour, se croisent mille fois…

 

Pourquoi ?

 

Quatre seconde… Mille fois…

 

Pourquoi ?

Parce qu’il faut penser à bien…. Penser à bien…

 

Toute la religion se pose ici : nous avons besoin de l’expérience de l’autre…